Compte-rendu conférence Graine de futur

Compte rendu de la réunion tenue à Vesoul à la Cabane à Conseils, le jeudi 14 octobre 2021.

L’ouvrage Graines de futur, sur la maison d’enfants à caractère social « Enfance Bourdault », est paru en août 2020 suite à divers retards dus notamment à une maison d’édition qui s’est dédite après avoir accepté de publier l’ouvrage. Entre-temps survenait l’épidémie de covid et les périodes d’interdiction de se réunir. Il était donc temps de redonner un peu de visibilité à notre travail, en organisant des réunions-débats. Celle prévue à Arbois le 5 octobre n’a pu se tenir car les responsables de l’association qui devaient nous accueillir demandaient un laissez-passer sanitaire, ce que nous avons refusé par principe. À Vesoul, la Cabane à Conseils, lieu d’un « collectif artistique, thérapeutique et politique au service du territoire », nous a accueillis… sans laissez-passer d’aucune sorte (pour visiter leur site : https://cabaneaconseils.fr/ ). Nous les remercions tout particulièrement de leur accueil très chaleureux !

La réunion, qui devait débuter à 19 heures, a pris un peu de retard car nous avons attendu deux des jeunes femmes ayant été placées à Bourdault et qui ont participé à l’ouvrage. Mais dès leur arrivée, à 19 heures 20, Chantal Navarro, directrice d’Enfance Bourdault, introduisait la soirée, en rappelant le rôle de la maison d’enfants. Philippe Godard a ensuite brièvement rappelé le parcours du livre et le déroulé des entretiens. Puis c’était au tour de Schady, de Charline et de Noémie, trois des jeunes qui ont été interviewés pour le livre, de s’exprimer.

Elles ont pu rappeler leur parcours et nous dire où elles en étaient désormais de leur vie. Leurs histoires sont tout à fait différentes, et elles se retrouvent aujourd’hui toutes trois sur de bons rails : études ou emploi. L’auditoire s’est montré particulièrement intéressé, et même captivé, par ces récits, qui disaient, avec une véritable force de conviction, ce que le placement avait représenté pour elles, ses côtés positifs mais sans cacher les difficultés que Charline et Schady notamment avaient rencontrées, surtout au départ – puisqu’elles n’avaient pas prévu, dans leur parcours de vie, de se retrouver en maison d’enfants une fois adolescentes… Noémie, elle, le souhaitait, et est arrivée à Bourdault à l’âge de dix ans.

Les éducatrices et éducateurs, à leur tour, ont parlé de leur travail, avec ces trois jeunes filles là et avec les enfants de Bourdault en général. Leurs conceptions humanistes, leur certitude de devoir inventer chaque jour de nouvelles approches pour se tenir au plus près possible de ces enfants afin de leur apporter l’aide que leurs parents ne peuvent plus leur apporter, ont suscité un grand intérêt des personnes présentes. La preuve en est les nombreuses questions que le public a ensuite posées, tant aux trois jeunes femmes qu’aux éducateurs, et cela durant près de trois heures puisque les échanges se sont poursuivis jusqu’à 22 h 15 !

Les questions ont révélé une volonté de bien comprendre, dans le détail, ce qui se joue au niveau éducatif dans une maison d’enfants et dans un parcours de placement, et comment les enfants et les jeunes réagissent, comment ils prennent peu à peu leur vie en main. Des questions ont été posées sur les aspects juridiques du placement et aussi sur le déroulé précis de la construction de l’ouvrage, ce qui a permis de préciser de nombreux points d’une pédagogie de l’émancipation telle qu’elle se pratique à Bourdault. Nous avons aussi pu évoquer le thème fondamental, dans une maison d’enfants à caractère social, de la « bonne approche » des éducateurs – et non de la distance professionnelle que les étudiants en travail social apprennent souvent à respecter, alors qu’elle s’avère un obstacle à un échange réel et profitable pour les enfants et les jeunes.

La soirée a sans aucun doute révélé aux personnes étrangères aux enjeux de l’éducation spécialisée tout le professionnalisme des éducateurs, un professionnalisme qui ne serait surtout pas froidement technique. C’est ainsi que l’on peut dire que cette soirée aura mis en évidence la nécessaire émulsion éducative qui provient à la fois d’une réflexion approfondie sur ce qu’est l’éducation d’enfants malmenés par la vie et l’implication personnelle, qui doit être forte et juste, pour les aider. « Juste » parce qu’il ne s’agit pas plus de les infantiliser en décidant tout pour eux que de les jeter d’un coup dans le grand bain de la vie.

Compte rendu par Philippe Godard, le 19 octobre 2021

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